Le rebond, 600 jours plus tard

Nous atterrissons en douceur et nous reconnectons avec la famille, les amis. Un an et demi, il s’en est passé des événements dans la vie de nos proches. Un an et demi de voyage, c’est aussi difficile à raconter, à exprimer. Toutes nos rencontres, nos anecdotes qui font vivre ce voyage dans nos esprits et ces photographies qui ravivent nos souvenirs, les souvenirs de cette palette d’humains sur notre chemin. Merci à toutes ces personnes qui nous ont accueillis, ouvert la porte de leur vie et partagé leur quotidien. Elles sont le lien de notre voyage, elles sont la couleur de notre voyage. Teintées de solidarité, ces rencontres nous donnent confiance quant à la bienveillance majoritaire.

« Voyager, c’est donner un sens à sa vie, voyager, c’est donner de la vie à ses sens »
Alexandre Poussin

Nous avons un sentiment général d’un rêve réalisé, un rêve devenu réalité sans trop s’en rendre compte. Petits pas après petits pas. Celui de partir, sac au dos, pouce levé, vers l’inconnu. Celui de le réaliser à deux avec une idée dans nos têtes qui germe, des graines à récolter, à semer, à échanger en chemin, de ferme en ferme.

L’éloignement nous a fait prendre conscience de l’amour, pour des êtres mais aussi pour notre culture, notre pays. Il nous a fallu partir pour comprendre que chez nous, nous avons la possibilité de nous poser la question « qu’est-ce que j’ai envie de faire ? ». De fait, c’est une chose que l’intellect peut concevoir mais c’est l’expérience, l’éloignement et la confrontation avec la différence, qui nous a mis en lumière la chance que nous avons de pouvoir exprimer notre liberté de dire, de choisir, d’être qui nous sommes.

En réalisant ce rêve, nous nous sommes un peu, doucement, accomplis et cela permet à d’autres rêves de prendre leur place. C’est comme tourner une page d’un cahier, les feuilles, alors inoccupées, deviennent un espace disponible.
En réalisant ce rêve, nous prenons confiance et conscience que nous pouvons être acteurs de nos vies et guider nos pas là où il nous semble bon de les guider.

« On voyage pour changer, non de lieu, mais d’idées. »
H. Taine

Ce voyage est fini, ce rêve est abouti, mais le chemin des récoltes, des semis et surtout des échanges continue. Maintenant, place à un autre rêve, celui de faire germer toutes ces idées en un lieu, un lieu d’expérimentation du vivre ensemble.
Alors le voyage continue, un voyage de plus longue haleine, où nous essayerons de faire le tour de nous-même…

« Le plus grand voyageur est celui qui a su faire une fois le tour de lui-même »
Confucius

Le voyage n’est jamais fini et c’est bien le regard que nous portons sur les choses qui nous permet de ne pas figer la réalité, de ne pas nous figer, de voyager. Nous voulons essayer de poser ce regard.

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… Pour l’instant, ce regard se situe dans un petit coin d’Aveyron, à Cadoulette, où vous êtes les bienvenus !

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Corse corsée, on se rapproche du bout

Porto Torres, nous attendons un bateau de plus qui nous fera quitter l’Italie.
Le départ étant fort matinal, nous dormons près du port.
Les yeux clos, dans nos duvets, Isaac nous réveille. Touché de la situation et par solidarité, il nous invite chez lui. Nous ne refusons pas le confort proposé et partons pour finir notre nuit chez lui.
Ce camerounais nous raconte son parcours pour rejoindre l’Europe. Nous sommes bouche bée de ce combat moderne dans l’espoir d’une vie meilleure. Traverser le désert, se faire torturer par les autorités libyennes, rester plusieurs jours sans boire et manger jusqu’à accepter un morceau de chair humaine, embarquer à 150 sur un bateau de 12 mètres, tout le long de ce chemin, côtoyer la mort.
Nous sommes remués par son partage et par chance, c’est une mer calme qui nous fait arriver en territoire français.

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Entendre et parler français fait éclater quelques bulles de joie dans nos oreilles. Enfin notre langue natale, celle qui nous permet de détailler plus aisément nos idées. Nous savourons notre linguistique et concrétisons nos rêves gastronomiques à coup de fromages, viennoiseries & Cie. Sous un soleil corse quelque peu ravageur, nous découvrons de belles plages et Robin fait la rencontre d’une charmante méduse qui vient l’embrasser sur la poitrine. Oubliant d’uriner sur ce charmant baiser, la patience sera son seul outil contre la douleur.

Nous prenons de l’altitude pour rejoindre le village de Tallone où se trouve l’écolieu Fondale.
Sylvain est philosophe engagé, ermite corse et nomade israélien. Il aime ce lieu sur lequel il crée des espaces de vie depuis 8 ans. Son fils entretient tranquillement le jardin, Stefan prend plaisir à s’occuper des fruitiers et travaille de temps en temps au village. Des tempéraments très différents se côtoient et se complètent sur ce lieu et le cœur de Sylvain balance toujours entre la volonté de vivre seul ou bien de partager son lieu avec d’autres. Il aime le silence, source de sérénité mais se régale aussi à débattre avec nous durant de longues heures. Un détour à la rivière nous permet de rafraîchir nos idées.
Nous prenons également plaisir à cuisiner pour l’équipe, récolter des plantes corses dans les jardins, entretenir les cabanes éparpillées dans les bois et s’amuser avec les chiens et les chats.
Nous fêtons le solstice, la nuit la plus courte de l’année, avec Marion, David et leurs enfants venus pour chercher de l’inspiration sur cet écolieu.
En observant la difficulté dans laquelle se trouve aujourd’hui ce projet par rapport à des questions juridiques liées au foncier, on se questionne beaucoup autour de la notion de propriété et de sa dilution dans le collectif.

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Nous quittons Fondale pour rejoindre Bastia où Stef’ et Rémi nous accueillent joyeusement. C’est tellement bon de retrouver les amis. C’est pour nous un pas de plus vers le retour et le début de notre reconnexion sociale. Nous savourons du bon chocolat et parlons souvenirs en bord de plage ou de rivière.

C’est l’heure du retour sur le continent. La mer étant trop agitée pour accoster à Nice, nous dérivons vers l’Italie à Savon. Par chance nous retrouvons Marion et David. Ils nous invitent à visiter leur écolieu Lou Neïssoun dans les Alpes-Maritimes aux portes du Parc National du Mercantour.

La boucle est bouclée, notre voyage prend fin ici à côté de Montpellier où nous avions commencé cette aventure il y a un an et demi. C’est alors que nous entamons notre série de surprises à la famille et aux amis. Les compères sont de retour !

Retrouver le connu,
Observer le changement.
Réapprendre le connu,
Changer l’observation.

Sardaigne, sardines en boîte et initiatives libres

Un bateau de plus et nous voilà en Sardaigne. À Cagliari, Luigi s’arrête et propose de nous amener jusqu’au collectif où nous souhaitons nous rendre.
Mais avant cela, nous allons assister curieusement à la cérémonie religieuse de la Pentecôte avec sa communauté.
L’esprit Saint, nous arrivons à Baumela.

En quittant la plaine et grimpant dans la vallée, nous rejoignons Baumela (le sentier de pommiers) qui se trouve sur la commune de Santa Lussurgiu, au centre de la Sardaigne. Nous sommes accueillis par la ribambelle de chiens qui trônent sous les grands chênes-lièges devant la maison. Clara et Alexio se sont installés là il y a 8 ans puis Enrico les a rejoints 4 ans plus tard. Nous sommes rafraîchis par la source et la rivière. Puisque ces eaux suffisent à nous abreuver et à faire pousser quelques légumes, ils ne sont pas reliés au réseau d’eau courante.
De même, quelques panneaux solaires et des batteries leur permettent une autonomie énergétique sans être reliés au réseau électrique.

Ici, ils essayent de vivre leur utopie en expérimentant l’autogestion. Clara nous dit « si je devais dire à quelqu’un ce qu’il a à faire, ce serait un réel échec pour moi ». Dans cette dynamique, les choses se font à partir des initiatives de chacun.
Autour de nombreux verres de vin sarde et de sardines en boîte, nous dégustons les bons plats préparés sur le feu de la cuisinière.
Clara s’occupe des chèvres et de faire du fromage pendant que nous construisons une cabane qui accueillera les volontaires du chantier jeune de l’été.

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Ils sont en lien avec la coopérative Longo Maï avec qui ils partagent des idées politiques fortes et la problématique commune de savoir comment intégrer de nouveaux porteurs de projets dans leur collectif.
Avec 76 hectares, le collectif a un fort potentiel de création de nouveaux projets. Alors ceux qui souhaitent expérimenter la vie à Baumela sont les bienvenus.

Prendre plaisir à remettre les mains à la pâte,
Marcher dans le maquis sarde,
Respirer mille odeurs ensoleillées,
Voyager.

Escapade aux embruns salés

Une flottée d’enfants petits et moins petits sont derrière les grilles du port.
Ils attendent le bon moment pour courir et se cacher sous un poids lourd qui embarque.
Passer de l’autre côté.
Un bateau que notre nationalité nous permet de prendre.
Simplement, injustement.

Les Pouilles, Brindissi, l’Italie du sud. Les maisons traditionnelles en pierres et coniques recouvrent la campagne. Ces trulli aux murs très épais sont une solution à la chaleur. Loopa nous accueille dans son trullo. Il cultive les olives et se régale à brasser pour le plaisir de nos papilles. Nous arrivons pour fêter la première année du bar qu’il a ouvert au village d’à côté, Ceglie Messapica. Bières, pizzas et musique, en veux tu, en voilà. Un brin éméchés de cette vie nocturne, nous dirigeons nos pouces un peu plus au Sud.

Dans une folle et chanceuse journée, nous rencontrons Marina le marin et sa bonne énergie ainsi que Salvador le routier qui nous conduit tout directo pour la Sicile. Encore un bateau et nous arrivons sur la côte Est de cette île, à Taormina.

Quelques jours siciliens à contourner le volcanique Etna, rencontrer des siciliens accueillants et tranquilles, siroter des granités au citron, découvrir les pistaches de Bronté et déguster le vin sicilien. Nous dormons sur le sable, sous les étoiles.

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Nous voguons en terres méditerranéennes.
Entre les vagues,
accompagnés de pancartes cartonnées pour l’auto stop,
et rythmés par quelques airs accordéoniques,
nous partons pour découvrir une ferme collective un peu plus au nord.

Premiers pas sur le chemin du retour

Quelques heures au-dessus des nuages et nous atterrissons à Belgrade, en pays Serbe. Nous sommes accueillis par des douaniers inquiets de la présence de visas iraniens sur nos passeports. Après moult contrôles, nous franchissons les portes de l’Europe.
Nos pas nous rapprochent de la maison, c’est le chemin du retour.

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Nous ressortons nos pouces trop longtemps restés détendus. Europe s’est faite belle. Nous pouvons respirer tranquilles, l’air n’est plus saturé de poussières. Nous retrouvons ce merveilleux objet qui, sans s’en apercevoir, contribue à notre harmonie quotidienne : belle poubelle. Les trous dans les routes ont (presque) disparu et de grandes lignes blanches ont fait leur apparition. Il y a des voitures partout (y a-t-il plus de voitures que d’humains ?). Grandeur, propreté, confort, vitesse, nous avons passé les frontières de l’Europe des lumières.

Une claque mélancolique. C’est ce que reçoit notre porte-monnaie quand il s’ouvre pour nous alimenter. Il regrette ces bons repas asiatiques pour quelques centimes seulement. La spontanéité semble timide par ici et en faisant du stop en bord de route, on redécouvre la méfiance et la crainte dans certains regards. L’Europe semble parfois ténébreuse.

Sans y manger de salades, nous traversons la Macédoine et arrivons en Grèce. Nous voilà à Thessalonique, chez l’amie Maria. Nous retournons sur nos pas et, à coup d’huile d’olive, nous nous régalons de la cuisine méditerranéenne. Café, viennoiseries, fromages, vin et tant d’autres choses, nos estomacs applaudissent ce retour qu’ils attendaient tant.

Continuer. Encore le sud. Encore l’auto stop. Ses galères, ses joies, ses peines, ses perles. Les gens ne se retournent plus en nous voyant. Nous sommes maintenant européens chez les européens, partageons des codes sociaux similaires.

Chania, la Crête. L’horizontalité de la mer a remplacé la verticalité des montagnes. Retrouvailles. Amis, accordéon, plage, farniente, coups de soleil, jeu du tavli, pick up & Cie.

Redécouvrir le vieux continent,
y savourer ce qui est savourable.
Observer le retour sans marcher en arrière.
À l’envers l’Est.

Une vie deux nomades

Après 16 mois avec nos sacs à dos de 7 kg comme unique bagage, 14 mois passés hors de France, 22 pays rencontrés, une vingtaine de fermes visitées, 28 000 kilomètres parcourus, 10 bateaux, 2 avions, beaucoup de trains, de bus et une infinité de voitures et autres véhicules empruntés, un nouveau voyage s’amorce.

Au fil de cette aventure, nous avons fait la rencontre du détachement. Détachement matériel avec nos sacs comportant peu d’affaires, détachement en termes de confort puisque nos nuits se font parfois dans des conditions précaires, subissant le confort ou l’inconfort de la situation. Enfin le détachement du point de vue de la sécurité avec la découverte de l’inconnu et de toutes les peurs qu’il engendre. Le renoncement entraîné par tous ces détachements nous apprend à nous recentrer sur nos besoins premiers. Simplement et avec sobriété, nous continuons à voyager.

Nous avons également eu la visite de la fatigue. En plus d’enchaîner la visite de lieux différents, nous aimons partager le quotidien de familles locales, où l’on décide volontairement de suivre leur rythme. Alors, on se sent parfois déconnectés de nos propres rythmes, de nos propres besoins. Mais l’humanité de toutes ces rencontres nous nourrit énormément et vient renforcer nos choix de voyage.

Chanceux, nous avons fréquenté la déconstruction. La déconstruction d’un schéma de fonctionnement qui nous est propre, lié à notre culture, à notre éducation et à tout ce qui nous a construit. Nous avons aperçu des multitudes de possibilités de fonctionnement, cela nous interrogeant sur nos façons de faire et nous faisant remettre en question les notions de bien/mal, vrai/faux, falloir, devoir, pouvoir.

Pendant presque un an et demi, 24h/24h et 7jours/7 ensemble, les deux individus que nous sommes se sont aussi rencontrés, soutenus, engueulés, relayés, détestés, aimés. Je suis seul et je voyage à deux, nous sommes deux et nous voyageons seuls… Nous apprenons la communication et autres délicatesses…patience, écoute, compromis… Nous nous sentons forts de cette aventure collective.

Le long du chemin nous faisons la connaissance avec le rêve, mon rêve, nos rêves. Nous apprenons à diriger nos pas là où nos rêves nous guident. Nous sommes acteurs de ce rêve et reprenons le pouvoir de nos vies. Nous sommes tellement heureux de tout ce chemin parcouru.

Après 16 mois sur ce sentier, nous découvrons aussi le manque de ceux et de ce qu’on aime. Alors on essaie d’y pallier. De tendres pensées souvent envoyées pour ceux qu’on aime et des orgies gustatives imaginaires sont quelques outils que nous employons pour lutter contre ces manques.

Additionné à cela, le besoin de sédentarité, de prendre racine, vient doucement faire apparition dans notre voyage. Notre envie de s’impliquer durablement dans un projet pour concrétiser toutes les idées récoltées commencent à occuper beaucoup de place dans nos esprits.

Après maintes réflexions, cela nous amène à prendre la décision d’un retour vers notre contrée.
Mais comme à notre habitude, ce retour se fera dans la lenteur !
Notre issue pour quitter le Népal dans la facilité, c’est de s’envoler…
Oui mais alors vers quelle destination ?

Les Paris sont ouverts !

cropped-banderole-himalaya2.jpg….
Puissiez-vous tous être heureux.

Respiration, observation et mains dans la terre

En 10 jours de noble silence, la médiation Vipassana est une expérience en profondeur. Loin du facile et de l’agréable, elle nous montre le chemin pour développer son équanimité, maîtriser son esprit et rencontrer la sagesse par sa propre expérience. Dans le pays de naissance du Bouddha Siddartha Gautama, cela fait sens pour nous de pratiquer cette technique.

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Au nord-est de la capitale, nous rejoignons le village de Jaisigun. Madhusudan, sa femme et leur fils nous accueillent dans leur cabane de tôles d’après tremblement. Comme beaucoup de familles, leur espoir en la reconstruction d’une habitation moins précaire occupe une place importante dans leur quotidien. Par la proximité de leur maison avec la fontaine, on observe une déambulation constante de villageois pour tout un tas d’occupations hydrophiles. Prendre sa douche, laver la vaisselle, faire sa lessive, boire, se laver les dents… La fontaine se trouve être une place centrale du village. L’eau rassemble. Après s’être hydraté, c’est l’heure d’aller moissonner. Couper le blé, faire des bouquets, les battre, trier le grain, le transporter, le conserver. Un travail familial de grande ampleur ! Le 14 avril (1er Baisakh 2074) nous partons marcher dans les jardins de thé pour fêter le nouvel an népalais. Après cette escapade, une bouteille de soda de 2,5 litres que l’on déguste entre amis vient marquer ce jour de fête.

Nous quittons le village en montant sur le toit d’un bus. Nos mains crispées aux barres de toit, les yeux remplis de reliefs et nos coeurs de virages, nous goûtons les plaisirs du transport en commun népalais.

Nous arrivons à Imadol. Grand contraste. Dans cette banlieue de Kathmandou, les plus chanceux des népalais y construisent des maisons de 3 étages pour y héberger toute leur famille. Rakesh accueille des volontaires pour l’aider à finir d’aménager sa maison et son jardin potager. Bien qu’en cours d’aménagement, la maison possède tout le confort occidental. L’eau chaude pour prendre une douche nous semble être tellement luxueux…

Après avoir pris plaisir à cuisiner pour l’équipe de bénévoles, nous repartons en terrain connu.

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C’est dans la ferme de Faskot que nous retournons voir notre famille népalaise et apprécier le plaisir des champs. Retourner la terre, désherber les oignons, semer le maïs, ranger le foin… On se sent bien à bouger nos bedaines. La mère du foyer prend plaisir à nous offrir à manger et essaye par tous les moyens de nous remplir autant que possible nos assiettes. Amma (mère comme nous l’appelons) s’occupe de tout. La cuisine, les travaux des champs et les animaux. C’est la première levée et la dernière couchée. Malgré la quantité de charges qu’elle porte sur son dos tout au long de la journée, elle garde le sourire et la bonne humeur. Comme la plupart des femmes au Népal, elle est le pilier central de la famille. On se sent bien ici, notre énergie se plaît à suivre le rythme du soleil, de la saison. On est un peu comme à la maison. Dans quelques jours, ce sera le temps de récolter les pommes de terre.

Nous vous souhaitons un joyeux mois de mai !

Et n’oubliez pas, faites ce qu’il vous plaît!

Apaisement autour des toits d’un monde

On monte en altitude et en longitude, nous arrivons au Népal.
Nous sommes en 2073 et l’atmosphère semble enveloppée d’un élan joyeux. Est-ce la sagesse des montagnes? Est-ce la légèreté d’une dose de bouddhisme? Peut-être les deux.

Kathmandou, bien que reine de poussière, nous apparaît être une capitale calme, apaisée, ce qui contraste grandement avec l’Inde. Comme à notre habitude envers les villes, nous ne la fréquentons pas longtemps.
À 40 kilomètres de là, au village de Faskot, nous sommes accueillis dans la famille de Rikesh. Toutes les anciennes bâtisses en pierres se sont écroulées en 30 secondes pendant le tremblement de 2015. La reconstruction est longue, le paysage marqué. Depuis 2 ans, certaines familles vivent dans des abris de tôles.
La pleine lune de mars est là, c’est l’heure de ce fougueux moment où les couleurs et l’eau sont à l’honneur, le Holi Festival. Autour des habitations et sur les pentes abruptes du village, une ribambelle d’enfants (dont nous faisons partie) court partout équipée de poudre colorée et de ballons à eau. « Happy Holi! ». Invasion de couleurs, de sourires, de partages.

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Les paysans chez qui nous sommes produisent tout ce dont ils ont besoin pour l’année. Nous assistons à une cérémonie en faveur des bonnes récoltes.  Nous savourons les copieux repas généreusement partagés. Sur la montagne, tous les versants sont utilisés sous forme de terrasses, pour la production agricole et malgré les 2200 mètres d’altitude, neige et gelées ne sont pas présentes et les températures sont douces en toutes saisons. Alors les bananiers trouvent leur place ici aussi. Sous le soleil et avec l’altitude, nous devenons de vrais nez pelés! Avec des outils aux manches bien trop petits, nous binons-buttons les pommes de terre et récoltons la moutarde qui servira à faire de l’huile en savourant la chaîne de l’Himalaya que nous voyons au loin.
Après avoir fait un tour au grand monastère de Namobouddha, nous nous aventurons dans un bus qui nous fera parcourir 400km en 16 heures sur des « routes » pittoresquement montagnardes.

Nous arrivons dans la plus grande vallée du Népal, Dang. Nous partageons un brin de vie avec une famille hindouiste, Jeevan et ses parents, Diipa et Dhumdi. Au village, nous allons rencontrer des jeunes dans une école, échangeons autour de la culture, de la différence et leur faisons partager quelques expériences, rêves.
Dans cette région très peu touristique, nous ne rencontrons aucun homme beige et sommes parfois l’objet de WhiteWhashing. Adultes et enfants nous observent de près ou de loin, parfois sans rien dire mais avec des yeux nous scrutant de haut en bas pour un temps qui peut parfois paraître très long.

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Avec Dhumdi, nous escaladons la montagne. Parfois, notre guide interrompt le sage silence de notre marche et pousse de terrifiants cris. Il nous explique que cela est nécessaire pour éloigner ours et tigres présents dans les alentours. Au sommet, nous avons une vue magnifique de la vallée et rencontrons un vieil homme de 84 ans et ses 25 vaches sacrées. Solitaire et à 2 heures de marche de la première habitation, cet homme continue de s’activer. Depuis 30 ans, il récolte l’eau de pluie pour sa boisson et collecte des plantes sauvages pour se nourrir. Les locaux lui ramènent de la nourriture de temps en temps et il boit le lait offert par les vaches. Nous passons la nuit dans sa cabane puis redescendons pour un monde plus bruyant.

Durant cette semaine passée dans cette vallée, nous prenons nos marques, rencontrons les habitants du quartier, tissons des liens et installons des habitudes. Nous refermons cette page souriante et, combattant la tourista qui tiraille Robin depuis quelques jours, reprenons route.

Nous arrivons à Bhâratpur où Manish nous emmène déguster des mets népalais dans de bons restaurants. Nous nous baladons au bord de la Kali Gandaki rivière, escaladons les 1700 marches de Kalika Temple et repartons pour nous rapprocher de la capitale. Nous rencontrons Rakesh et nous baladons dans la vieille ville de Patan.

Notre premier mois au Népal encourage notre envie de rester plus longtemps pour découvrir le pays de Bouddha. Nous sommes maintenant aux portes du parc national Langtang pour une session de méditation Vipassana.
…Respiration…
Joyeux printemps.

Surprenant fourmillement indien

Surprise… Ébouriffés sont nos sens… Le silence indien est tellement bruyant… On dort contre le temple car Hanuman est silencieux… La beauté des temples Jain est envahie de marbre poli… Puis un papi klaxonneux nous prend sur son scooter… Surprise… Lac sacré, Arbre sacré, Temple sacré, Vache sacrée, Pierre sacrée, Sacré sacré, Sacrée fatigue… La beige couleur de notre peau fait courir les indiens après nous… Mais on leur explique parfois gentiment… No taxi, no selfi, no hotel and not your friend yet… La campagne nous détend… Couper l’herbe pour les buffles… Récolter les petits pois et rencontrer Tradition… Famille confectionnée par mariages arrangés… Nous sommes stupéfaits… Trop de thali et toujours trop de chili… Trop de trop… Tisser des liens d’amitié avec Om Prakash… Gange… Apaisement… Cérémonie mortuaire… Vie étudiante… Danse contemporaine… Rituels… 38 millions de divinités dans une vache…

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Mythologie hindouiste épouse de l’Inde… Rajastan et dromadaires pelés… Sourire de la Lune… Train… Jouer des coudes, des hanches et des tissus pour toujours plus de place… Vache mange poubelles… Vache lèche-vitrines… Vache entre voitures… Vache avec une cinquième patte… Surprise… Coucher de soleil payant… Le charme de Helen, grand-mère écossaise… Circulation bruyante aux cent règles ou sans règles mais sans accident… Tours de bouses profitant du soleil… Raconter nos vies dans un couloir de train… Bananes, bananes, bananes… Sans oublier les chapatis… Champs de roses… Gurajat, région sans alcool… Interminable séance photo d’un mariage indien… Tabac à chiquer… Surprise!

Sans trop de charme, un avion franchit une ligne pour nous déposer à Katmandou.
Nous voilà au Népal.
Respiration, le calme s’installe.

Farandole de couleurs et saveurs pimentées

12 heures de train depuis Bombay puis nous rejoignons Agonda, à Goa sur la côte ouest du pays. Jessica nous accueille dans son café, le Mandala café, pour passer nos premiers jours en Inde.

Goa est une concentration de touristes « bien être » à l’affût de pratiques yoga et développement personnel. Sur la plage, à côté d’occidentales en bikini, quelques vaches se prélassent sur le sable. Au coucher de soleil, on aperçoit tout excités les dauphins dansant dans la mer d’Arabie.
Nous laissons ce coin où le tourisme fait tripler le prix de la vie et partons au sud, dans le Kérala. Nous découvrons des visages pleins de sourires, des yeux remplis de curiosité et sommes surpris de voir des indiens qui dorment partout, dans toutes les positions et quelles que soient les conditions. Dans les rues, la farandole colorée des saris que revêtent les femmes contraste avec les déchets abandonnés beaucoup ici et surtout là. Les délicates fleurs glissées dans leurs longues tresses viennent camoufler une odeur ambiante parfois douteuse que l’on se passera de décrire.

En traversant les plantations de thés et de cafés, un bus local slalome à toute allure en évitant singes, vaches et les multiples 2 roues. Nous sommes à 1000 mètres d’altitude, dans la jungle de Wayanad. Au hasard d’une rencontre, nous arrivons dans un ashram et partageons un repas et quelques prières avec le Sage du lieu. Nous dormons dans une cabane avec des singes perchés dans les immenses arbres quelques mètres plus haut. Au matin, un scorpion, serein, passe sur notre chemin avant de rejoindre la majestueuse forêt.

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Un peu plus au sud, Bhoopathy et sa famille nous accueillent dans leur ferme de cocotiers. Les délicieux repas que l’on savoure sur une feuille de bananier sont remplis de sourires mais surtout de chilis. En sirotant le fameux Chaï (thé au lait et aux épices) Bhoopathy nous raconte comment il pourra se marier… il lui faudra trouver une femme qui appartient à la même caste que lui, obtenir l’approbation de ses parents et bien sûr que l’astrologue trouve une bonne combinaison entre leurs signes. La complexité du fonctionnement sociétal indien nous laisse souvent perplexes. Il y a tellement de choses que nous ne comprenons pas. Joyeusement, nos bidons remplis de noix de coco, nous partageons sur nos vies remplies de différences.

Durant nos longs déplacements, nous voyageons en train, dans la classe générale, classe où tout est permis et où convivialité mais surtout proximité sont de sortie ! Les retards inévitables, se comptant en heures, nous apprennent la patience. Celle-ci est rythmée vocalement par les vendeurs de chaï, bouteilles d’eau, samosas et autre nourriture sur-pimentée. Les portes et les fenêtres grandes ouvertes, nous respirons de paysages merveilleux. Tout d’un coup, un grand silence s’installe et tout le monde se fait tout petit… On aperçoit des femmes, qui n’en sont pas vraiment, circuler dans les compartiments en giflant et pinçant les hommes pour obtenir des billets. La caste des transgenres est très respectée car les Hijra (ladieboys) seraient dotées de pouvoirs (bénédictions mais aussi malédictions). La couleur de nos peaux nous permet de ne pas subir ce racket toléré parfois violent. Ce spectacle nous laisse stupéfaits.

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Un peu plus tard nous arrivons à Hampi, une énorme cité de la taille de Paris qui a vu son apogée aux XVème et XVIème siècles. Aujourd’hui, nous déambulons dans les ruines de temples en nous méfiant des singes qui n’hésitent pas à voler les bananes qu’ils aperçoivent. Nous sommes hébergés dans le local d’une ONG qui s’occupe des enfants sur des temps périscolaires pour l’accompagnement aux devoirs et autres ateliers créatifs. Nous rencontrons Gabriela, une volontaire péruvienne qui nous fait visiter la ville. Nous repartons avec elle et faisons un tour à Arambol, au nord de Goa pour le Mouth Harp Festival (festival de guimbarde) où nous faisons du volontariat et retrouvons des amis d’Agonda.

Émerveillements indiens.

On tourne la tête et rencontre des surprises.
Des oiseaux jamais vus, des fruits inconnus,
des odeurs à chaque coin de rue, des tissus de toutes les couleurs,
des repas bien épicés à nous faire tourner la tête.

Nous laissons la chaleur de l’hiver indien pour remonter un peu plus au nord.